RDC : « On ne va pas dialoguer avec les supplétifs du Rwanda »,Tshisekedi maintient sa ligne face aux appels à un dialogue avec Kabila
Le Président de la République, Félix Tshisekedi, ne semble pas disposé à ouvrir le prochain dialogue national aux acteurs qu’il assimile à la rébellion, ni à accepter un partage de postes avec ceux qu’il accuse d’avoir participé aux violences en République démocratique du Congo.
Devant la diaspora congolaise en Russie, ce samedi 31 octobre, le chef de l’État a annoncé que le comité d’organisation du dialogue allait bientôt être constitué. Il a cependant prévenu que les participants devraient, selon lui, n’avoir aucun lien avec le Rwanda.
« Le dialogue arrive bientôt. Le comité d’organisation va prendre des membres pour entamer les démarches. […] Je l’ai dit et je le répète encore : ceux qui prendront part à ce dialogue sont ceux qui n’ont rien à voir avec le Rwanda », a-t-il déclaré.
Il a ensuite précisé que les personnes qu’il considère comme des supplétifs du Rwanda devraient d’abord renoncer à leur engagement dans la rébellion pour pouvoir envisager leur participation.
« Si l’on sait que tu es un supplétif du Rwanda et que tu souhaites participer au dialogue, il faut dénoncer ton passé. Tu dois nous dire que tu as abandonné la rébellion et que tu es venu réfléchir ensemble avec les Congolais pour faire avancer le pays. On ne va pas dialoguer avec les supplétifs du Rwanda », a-t-il insisté.
Félix Tshisekedi a aussi justifié son opposition à leur participation en évoquant les revendications qu’il leur attribue, notamment celles concernant la gestion de Goma et la souveraineté de la RDC.
« Tout simplement parce que, lorsqu’ils viendront à la table des discussions, ils ne poseront pas leurs propres problèmes. […] Ils veulent qu’on sépare l’autre côté et que Goma puisse avoir une gestion propre avec eux. Ce sont des revendications qui répondent uniquement à leurs intérêts. […] Vous comprenez pourquoi je combats cette Constitution », a-t-il fait savoir.
Poursuivant son propos, le président a abordé la question du partage des responsabilités à l’issue du dialogue. Il a rejeté l’idée que des personnes qu’il accuse d’avoir tué des Congolais puissent obtenir des postes à la faveur des discussions.
« Il n’est plus question de dialoguer avec ceux qui ont tué des Congolais pour qu’à la fin du dialogue, on leur attribue des postes et qu’on recommence la même histoire », a-t-il déclaré.
Pour le chef de l’État, une telle issue risquerait de banaliser le recours à la violence comme moyen d’obtenir des fonctions politiques, et pourrait encourager d’autres acteurs à provoquer des troubles dans l’espoir de négocier ensuite des postes.
« D’autres aventuriers vont naître et se dire que c’est ainsi que les choses se passent dans leur pays : si je cherche un poste, il me suffit de créer du désordre, de faire appel aux Rwandais. […] Ensuite, on se retrouve autour de la table des discussions et on se partage les postes », a-t-il poursuivi. « C’est terminé, ça. C’est fini. […] Mais tant qu’un Congolais vivra, jamais une telle chose ne pourra encore se produire dans notre pays », a-t-il conclu.
Ces propos surviennent alors que l’inclusivité du dialogue divise la classe politique. La C64, qui regroupe notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sesanga et Matata Ponyo, plaide depuis longtemps pour la participation de tous les acteurs, notamment ceux qui ont pris les armes. Le 27 octobre, elle a proposé des rencontres séparées avec Félix Tshisekedi et son prédécesseur en vue de préparer ces discussions. Rappelons que Joseph Kabila a, pour sa part, pris la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN) le 12 octobre à Goma, un mouvement politico-militaire que les autorités congolaises qualifient de supplétif du Rwanda.
John Kadima


