Kasaï-Oriental : « Il y a un fossé abyssal » entre les promesses du Gouverneur et les réalisations, selon le Professeur Alphonse Mulumba
Les promesses formulées par le Gouverneur Jean-Paul Mbwebwa Kapo durant sa campagne électorale sont loin de correspondre aux réalisations enregistrées sur le terrain. C’est le constat dressé par le professeur Alphonse Mulumba, secrétaire interfederal du parti actions des bâtisseurs intègres pour la République (ABIR), qui estime que la situation financière actuelle du Kasaï-Oriental exige des réponses concrètes de la part de l’exécutif provincial.
Dans une interview exclusive accordée mardi 3 novembre 2026 à Etoilenews.net, le secrétaire interfédéral d’ABIR au Kasaï Oriental est revenu sur les déclarations du Président de l’Assemblée Provinciale, Willy Muya Mukendi, concernant la faiblesse des recettes provinciales. Pour cet acteur politique, ces difficultés financières étaient pourtant prévisibles et avaient été signalées bien avant.
« Nous avons crié haut et fort sur ce problème, et on nous a traités de haineux, de ceci et de cela. Nous avons pourtant bien dit que personne ne devait être surpris de constater que la province n’avait pas d’argent. Lorsque les candidats défilaient devant le perchoir de l’Assemblée provinciale pour défendre leurs programmes, ils devaient déjà être au courant qu’il n’y avait pas d’argent, parce qu’ils avaient vu combien les exécutifs passés avaient souffert. Agir aujourd’hui comme s’ils ne connaissaient rien de cette situation, c’est ce que je considère comme insultant à l’endroit de la population », a-t-il déclaré.
Le professeur Alphonse Mulumba a également avancé des chiffres pour illustrer l’ampleur des besoins financiers de la province. Selon lui, le gouvernement provincial aurait eu besoin de 427 milliards de francs congolais pour fonctionner en 2026, un montant qui devrait rester presque identique en 2027.
« Pour que les affaires du gouvernement provincial fonctionnent normalement, je prends l’exemple de l’année 2026 : il fallait mobiliser 34 milliards de francs congolais par mois, soit environ 15 millions de dollars. Or, actuellement, nous n’arrivons même pas à mobiliser 500 millions de francs congolais par mois », a-t-il déploré.
Il regrette par ailleurs que les engagements pris concernant l’arrivée d’investisseurs et l’installation de nouvelles entreprises dans la province ne se soient pas concrétisés. À ses yeux, la principale différence entre les candidats au poste de gouverneur résidait précisément dans les solutions qu’ils proposaient pour redresser la situation économique et financière du Kasaï-Oriental.
« Il y avait des offres d’investisseurs qui devaient venir, des propositions d’installation de nouvelles entreprises, ainsi que des promesses liées aux carnets d’adresses. C’est précisément de cela dont nous avons besoin aujourd’hui. Mais agir comme si l’on venait seulement de découvrir que quelque chose ne va pas est faux. Tous les candidats gouverneurs savaient au moins que la province n’avait pas d’argent. Il fallait donc proposer des solutions innovantes pour pouvoir amener des ressources financières », a-t-il insisté, appelant le gouverneur à concrétiser les engagements présentés devant l’Assemblée provinciale.
Sans porter directement de jugement sur la gestion du gouverneur Mbwebwa, Alphonse Mulumba relève néanmoins un important décalage entre les engagements annoncés pendant la campagne et les actions actuellement menées sur le terrain.
« Ce que je constate, c’est ceci : il y a un fossé abyssal et profond entre ce que le gouverneur avait promis dans son discours de campagne et ce qui est en train d’être fait. À vous de juger quelle qualification vous voulez donner à cela », a-t-il déclaré.
Dans la foulée,le numéro 1 d’ABIR en Province invite les dirigeants à assumer pleinement leurs responsabilités lorsque les résultats attendus ne sont pas au rendez-vous. Selon lui, la démission doit également être envisagée lorsqu’une personne n’est plus en mesure d’assumer les fonctions qui lui sont confiées.
« Quand ça ne va pas, nous devons savoir démissionner. Cela concerne aussi le professeur Toussaint Mulumba. Si ça ne va pas au sein de l’ABIR et que je n’arrive pas à assumer les fonctions qui me sont imparties, il faut que je sache démissionner. Donc, je m’adresse à moi-même et je m’adresse à tout le monde », a-t-il soutenu.
Cette prise de position intervient dans un contexte de préoccupations autour de la gouvernance financière du Kasaï-Oriental. Pour l’exercice 2026, le budget provincial a été arrêté à 416,6 milliards de francs congolais. Cependant, les recettes mobilisées restent particulièrement faibles, peinant à atteindre les 500 millions de francs congolais par mois, selon le président de l’Assemblée provinciale, Willy Muya Mukendi. Ce dernier évoque notamment l’effondrement du tissu industriel et la prédominance de l’économie informelle pour expliquer cette situation.
John Kadima


