RDC : débat sur le référendum et la révision constitutionnelle, Denis Mukwege fustige un Parlement « déconnecté des urgences »

 RDC : débat sur le référendum et la révision constitutionnelle, Denis Mukwege fustige un Parlement « déconnecté des urgences »

Le prix Nobel de la paix Denis Mukwege s’insurge contre le débat en cours au parlement congolais autour d’une éventuelle réforme constitutionnelle et de l’adoption d’une loi sur le référendum en République démocratique du Congo ( RDC)

Dans une tribune rendu publique le 29 mai 2026, Denis Mukwege s’interroge sur l’intérêt de ces discussions dans un pays, selon lui, confronté à de nombreuses urgences nationales. Il remet en question la décision du Parlement d’en faire une priorité nationale.

« Quelle légitimité peu encore revendiquer un parlement qui s’obstine à débattre, comme d’une urgence nationale, sur le changement de la Constitition qui permettrait au président un troisième mandat auquel la constitution actuelle ne lui donne pas le droit, alors que notre pays est ravagé par une épidémie meurtrière d’EBOLA, que de larges pans de notre territoire national sont sous occupation étrangère dans l’Est; que les banques, les frontières et les aéroports sont fermés dans ces territoires occupés, 12 millions de notre population font face à la mort du fait de nos agresseurs et par la famine extreme », écrit-il.

Pour cet ancien candidat à l’élection présidentielle, cette dynamique politique est motivée par des intérêts personnels et non par l’intérêt général.

« La seule raison de cet acharnement qui s’apparente à un cynisme froid, c’est que sous le régime actuel, les parlementaires reçoivent un salaire mirobolant, un achat des consciences, qui scandalise tout observateur sensé. Prolonger leur bien-être au détriment de la population devient un point fixe. Malheur à qui ne soutiendrait pas ce projet funeste pour le pays, bientôt il retrouvera la masse miséreuse. Dès lors, que la population crève, que le Congo se désagrège, rien et absolument rien n’émeut nos parlementaires », a-t-il argué.

Poursuivant sa tribune, ce gynécologue de renom et militant des droits humains, critique aussi certains élus de l’Est du pays, qu’il soupçonne de soutenir cette initiative en dépit de l’insécurité persistante.

« Le scandale est d’autant plus désolant lorsqu’on voit les élus du Nord, du Sud-Kivu, et de l’Ituri, dont l’actuel Président de l’Assemblée nationale lui-même, élu de Walungu, s’ériger en premiers remparts de cette aventure suicidaire. Leurs électeurs, eux, n’ont plus accès à leurs champs, plus de liberté de faire leurs commerces pour subsister, et affrontent seuls, sans État, le virus », écrit-il.

Il dénonce par ailleurs une transformation de la scène politique congolaise. Celui-ci cite notamment le parti présidentiel, l’UDPS, qu’il accuse d’avoir trahi ses idéaux historiques.

« L’UDPS, jadis flambeau de la résistance, est devenue le maître d’œuvre d’une forfaiture qui risque de condamner notre pays à sa disparition. Il est désormais permis de se demander si ce régime n’est pas en connivence avec les rebelles pour la balkanisation du Congo », soutient-il.

De ce fait, Denis Mukwege met en garde contre les conséquences d’un éventuel changement constitutionnel et appelle les responsables politiques à la responsabilité.

« C’est la survie de la République Démocratique du Congo qui est en jeu. Messieurs les députés de l’Est, après le référendum, sans vos électeurs, au nom de quelle population allez-vous continuer de siéger au Parlement? Auriez-vous une légitimité de représenter une population vivant dans un territoire balkanisé ? Votre anesthésie est très profonde, mais le réveil sera très douloureux dans un pays qui deviendra étranger pour nous tous. Monsieur le Président, garant du bon fonctionnement des institutions de notre chère République, méfiez-vous des flatteurs, revenez à la raison, avant que l’Histoire ne juge cette trahison impardonnable », écrit-il.

Notons que cette prise de position intervient dans un contexte politique tendu. Récemment, le président Félix Tshisekedi, en marge de la journée de la liberté de la presse, s’est dit ouvert à l’idée d’un troisième mandat et à une réforme constitutionnelle. Il avait déclaré être prêt à se représenter « si le peuple le veut». Il a aussi évoqué la possibilité d’un référendum pour toute réforme constitutionnelle, tout en appelant à un débat « sérieux, transparent et méthodique ». Depuis lors, ces propos ont ravivé le débat qui ne cesse de diviser la classe socio-politique congolaise.


John Kadima

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