Crise à la MIBA : Jean Marie Mukoma appelle à préserver la cohésion entre les organes dirigeants pour sauver la relance de la Société
Alors que la Société Minière de Bakwanga (MIBA) traverse une période de fortes tensions au sommet de sa gouvernance, Jean Marie Mukoma, consultant en Marketing, Management et développement des entreprises, Administrateur de la société JmmPro en Belgique, livre son analyse sur le fonctionnement normal des organes dirigeants d’une entreprise et les risques liés à un conflit prolongé.
Dans une tribune publiée le 23 juillet 2026 depuis Bruxelles, Jean Marie Mukoma revient sur les rôles respectifs du Conseil d’administration et de la Direction générale, estimant que leurs missions, bien que différentes, restent complémentaires pour assurer la bonne marche d’une entreprise.
Selon lui, le Conseil d’administration a pour rôle de définir les orientations stratégiques, d’assurer le contrôle et la surveillance de l’entreprise, tandis que la Direction générale est chargée de la gestion opérationnelle et quotidienne des activités.
L’auteur rappelle également la particularité de la MIBA, une société paraétatique dont l’Administrateur directeur général est nommé par ordonnance présidentielle validée par le Gouvernement via le ministère du Portefeuille.
« Dans une entreprise, il est normal et récurrent que les deux organes de gestion n’aient pas toujours la même appréciation des faits et des décisions prises par l’un et l’autre. Le Conseil d’administration et la Direction générale ont des responsabilités différentes : l’un s’occupe de l’orientation stratégique, du contrôle et de la surveillance, tandis que l’autre assure la direction opérationnelle, c’est-à-dire la conduite concrète des affaires au quotidien. Cette différence de rôle ne doit pas être une source de confrontation, mais plutôt un mécanisme de complémentarité pour permettre à l’entreprise d’atteindre ses objectifs. Dans le cas particulier de la MIBA, il faut tenir compte de son statut de société paraétatique où le Directeur général n’est pas désigné selon les mêmes règles que dans une entreprise privée », explique Jean Marie Mukoma.
Pour le consultant, un conflit qui s’installe durablement entre les deux organes de gestion peut avoir des conséquences lourdes, surtout pour une entreprise déjà fragilisée par plusieurs années de difficultés.
Il estime que la priorité doit rester la relance des activités de la MIBA, une société dont les travailleurs, les retraités et toute la population du Kasaï Oriental attendent la renaissance.
« Quand pareil conflit survient ou persiste au moment où l’entreprise traverse une tempête, c’est la meilleure façon de ruiner la MIBA. Les organes de gestion doivent éteindre le feu en interne rapidement afin de pouvoir se concentrer sur la relance des activités d’une entreprise jadis prospère, mais qui aujourd’hui est exsangue. Si les deux organes de direction n’arrivent pas à accorder leurs violons, il revient aux autorités de tutelle d’intervenir rapidement pour apprécier la nature du conflit et éviter d’hypothéquer la relance d’une entreprise dont le personnel et toute une province attendent beaucoup », souligne-t-il.
Les conflits au sommet et la question des agendas cachés
Dans son analyse, Jean Marie Mukoma estime également que certains conflits au sommet des entreprises ne sont pas toujours liés uniquement aux aspects professionnels.
Selon lui, derrière certains antagonismes institutionnels peuvent se cacher des considérations personnelles ou des agendas non déclarés. Il invite ainsi les responsables et les arbitres appelés à intervenir à prendre en compte cette dimension humaine des conflits afin de privilégier l’intérêt supérieur de l’entreprise.
Le consultant revient également sur le parcours de l’actuel Administrateur directeur général de la MIBA, André Kabanda Kana, médecin ayant pratiqué en Belgique durant une vingtaine d’années avant sa nomination à la tête de cette entreprise en 2023.
Il estime que l’expérience professionnelle du dirigeant doit pouvoir contribuer à une résolution positive de la crise, tout en reconnaissant que les tensions actuelles peuvent avoir un impact humain sur les personnes concernées.
La demande de suspension de Kabanda Kana et la réaction d’un retraité
Cette tribune intervient dans un contexte marqué par un conflit ouvert entre le Conseil d’administration de la MIBA et la Direction générale dirigée par André Kabanda Kana.
Dans une résolution adoptée lors de sa session extraordinaire du 17 juin 2026 et signée le 3 juillet 2026, le Conseil d’administration a demandé à la ministre du Portefeuille de prononcer l’exclusion temporaire avec privation de rémunération du Directeur général.
L’organe de gouvernance reproche notamment à André Kabanda Kana des violations présumées des statuts de l’entreprise, des actes d’insubordination, des dépenses de deux millions de dollars issus de la créance de la MIBA sur l’État sans approbation préalable du Conseil, ainsi que l’attribution contestée d’un shipment.
Ces accusations sont rejetées par une partie du personnel et des retraités de la société.
Rigobert Tshunza, retraité de la MIBA, a notamment défendu le bilan de la gestion Kabanda Kana. À l’en croire, le Directeur général avait trouvé une société « complètement à l’arrêt » et aurait engagé plusieurs actions pour remettre l’entreprise en fonctionnement.
Il cite notamment la remise en service du transport des travailleurs, l’acquisition d’équipements miniers et logistiques, la maîtrise de la dette sociale, l’avancement de la prise en charge des retraités par la CNSS ainsi que le plan de relance ayant conduit au projet d’une nouvelle laverie industrielle.
Pour lui, la démarche actuelle risque de ralentir un processus qui commençait à redonner de l’espoir autour de la renaissance de la MIBA.
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Jonathan Madika


