Kasaï-Oriental : Frappés par plus de deux décennies d’arriérés de salaires, les agents de la MIBA annoncent une marche pacifique pour revendiquer les huit mois impayés de leurs forfaits
La crise qui secoue la Société Minière de Bakwanga (MIBA) ne cesse de s’aggraver, plongeant ses travailleurs dans une situation sociale dramatique. Depuis plus de vingt ans, les salariés accumulent des arriérés, conséquence directe de l’effondrement progressif de l’entreprise. Incapable de verser les salaires comme auparavant, la MIBA a mis en place un système de paiements forfaitaires, censé constituer une rémunération minimale permettant aux travailleurs de survivre tant bien que mal.
Cette solution d’attente, déjà fragile, ne suffit désormais plus. « Le paiement des salaires s’était arrêté depuis la faillite de la MIBA. Ce qu’on nous verse aujourd’hui, ce sont des forfaits que nous considérons comme notre salaire. Par exemple, quelqu’un qui touchait 500 dollars auparavant reçoit désormais 250 dollars. Nous nous en accommodons parce que nous n’avons pas le choix », explique un agent.
En 2025, même ces forfaits ne sont plus versés régulièrement. « On ne nous a payés que jusqu’au mois d’avril. Nous sommes en décembre et il nous faut huit mois d’arriérés », ajoute-t-il.
Ce cumul d’impayés accentue la précarité de travailleurs déjà épuisés par plusieurs décennies d’incertitude. Sans ressources, beaucoup vivent dans une misère silencieuse : loyers impayés, dettes accumulées, scolarité des enfants menacée, difficultés à se nourrir. « Même si les conditions de vie ne sont pas les mêmes pour tous, les agents vivent dans une précarité totale, une misère qui ne dit pas son nom », confie un autre employé.
À l’approche des fêtes de fin d’année, période normalement joyeuse en famille, l’ambiance reste lourde. « Nous ne savons plus à quel saint nous vouer », déplorent plusieurs agents, qui espèrent percevoir au moins une partie de leurs droits pour soulager leurs familles.
Face à ce calvaire, les travailleurs appellent à une manifestation pacifique le mercredi 10 décembre 2025 à 08h00. Le cortège partira du rond-point Rectorat et se dirigera jusqu’au gouvernorat de province, où un mémorandum sera déposé pour exiger le paiement des huit mois d’arriérés avant le 20 décembre.
Au-delà de l’urgence salariale, cette mobilisation vise à attirer l’attention des autorités sur l’état critique d’une entreprise autrefois fleuron économique du Kasaï Oriental. Les agents demandent des actions concrètes, une réelle relance et surtout la dignité d’un travail rémunéré.
Il est à noter que des promesses publiques de relance, estimées à environ 50 millions USD, ont été faites pour la MIBA. Cependant, ces fonds n’ont pas tous été débloqués, retardant la reprise et le paiement des salaires. Récemment, le gouvernement avait débloqué plus de 8 millions USD pour 1 047 retraités, mais ce décaissement ne règle pas la détresse des travailleurs actifs, qui dénoncent plusieurs mois d’impayés.
Jonathan Madika


