Guerre à l’Est : L’ambassadeur rwandais convoqué,’Union européenne et les États-Unis accentuent la pression sur le Rwanda
L’Union européenne (UE) a convoqué, ce jeudi 21 février 2025 l’ambassadeur du Rwanda auprès de ses institutions en réponse à l’intensification des offensives menées par les Forces de défense rwandaises (RDF) et les terroristes du M23 dans l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC).
Dans un communiqué officiel, l’UE a fermement condamné cette avancée militaire, la qualifiant de «violation du cessez-le-feu décidé dans le cadre du processus de Luanda» et de «menace grave à l’intégrité territoriale de la RDC». Bruxelles a exigé le retrait immédiat des troupes rwandaises du territoire congolais ainsi que l’arrêt du soutien apporté au M23 et à tout autre groupe armé actif dans la région.
«L’UE exhorte le Rwanda et toutes les parties concernées à cesser immédiatement les hostilités et à reprendre les négociations», précise le communiqué, tout en réaffirmant son soutien aux efforts africains visant à instaurer une paix durable dans la région.
En parallèle, les États-Unis ont annoncé des sanctions contre le général rwandais à la retraite James Kabarebe, actuel ministre d’État chargé de l’intégration régionale, et Lawrence Kanyuka, porte-parole du M23. Tous deux sont désormais inscrits sur la liste noire de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) pour leur implication dans les activités déstabilisatrices des RDF et du M23 en RDC.
«Cette action reflète notre volonté de demander des comptes aux individus comme Kabarebe et Kanyuka, qui soutiennent les activités déstabilisatrices dans l’est de la RDC», a déclaré Bradley T. Smith, sous-secrétaire par intérim du Trésor américain chargé du terrorisme et du renseignement financier.
Signalons que la veille, lors d’une séance du Conseil de sécurité des Nations unies consacrée à la situation en RDC, la ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Wagner, a exhorté la communauté internationale à imposer des sanctions contre le gouvernement rwandais et les officiers responsables de l’instabilité persistante dans l’est du pays.
«Le Conseil de sécurité doit adopter des sanctions ciblées, incluant des gels d’avoirs et des interdictions de voyager contre la structure de commandement des RDF ainsi que les décideurs politiques impliqués dans cette agression», a-t-elle plaidé.
Par ailleurs, les États-Unis ont soutenu cette demande, dénonçant les violations répétées du cessez-le-feu par le M23 et les forces rwandaises. «Nous avons vu le Rwanda et le M23 ignorer le cessez-le-feu et s’emparer de territoires sous de faux prétextes, semant le chaos parmi les civils dans les régions de Masisi, Goma et Bukavu», a déclaré la représentante américaine. Elle a également condamné la prise de l’aéroport de Kavumu et de la ville de Bukavu par les forces rebelles et rwandaises.
L’implication du général James Kabarebe dans les activités du M23 avait déjà été mise en lumière dans un rapport du Groupe d’experts des Nations unies en juin 2023. Ce rapport, basé sur des témoignages de plusieurs agents de renseignement et chercheurs, affirmait que les opérations militaires du M23 au Nord-Kivu avaient été « conçues et coordonnées » par Kabarebe alors qu’il était conseiller du président rwandais Paul Kagame pour les questions de défense et de sécurité.
Le rapport citait également plusieurs hauts gradés rwandais impliqués dans la stratégie militaire visant à conquérir des territoires en RDC, notamment les généraux Jean Bosco Kazura, Mubarakh Muganga, Franck Mugambage, Vincent Nyakarundi, Ruki Karusisi, Eric Murokore et le général de brigade Rugumyangabo Gacinya.
Alors que la pression internationale s’intensifie sur Kigali, la situation sur le terrain reste dramatique. De nouveaux affrontements ont été signalés dans plusieurs zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, aggravant la crise humanitaire. Des milliers de civils sont contraints de fuir les violences, exacerbant une situation déjà précaire.
L’UE et les États-Unis insistent sur l’urgence d’un retour au dialogue pour éviter une escalade du conflit et stabiliser la région, tout en menaçant de nouvelles sanctions si les hostilités persistent.
Jonathan Madika


